La scolarisation des élèves orientés en établissements specialisés

Le projet



La scolarisation des élèves orientés en établissements specialisés
Responsable - Hugo Dupont
Durée - 2 ans

Résumé du projet



La France s'’est engagée depuis quelques années dans le sens d'une politique scolaire volontariste où l'école se veut de plus en plus accueillante, accessible et inclusive pour les élèves en situation dehandicap. Même si les résultats de cette politique sont contrastés, force est de constater que les jeunes orientés en établissements spécialisés sont de moins en moins scolarisés uniquement au seinde ces établissements et reviennent peu à peu sur les bans de l'école ordinaire.

Ce qui m'intéresse c'est de déconstruire le processus de scolarisation de ces jeunes et de dévoiler les conditions de leur scolarisation. Il s'agira donc de mener des observations en équipe de suivi de scolarisation au sein des établissements scolaires ordinaires et en réunion de synthèse au sein des établissements spécialisés pour comprendre comment se définissent les projets personnalisés descolarisation et d'accompagnement et selon quelles modalités. Il serait intéressant aussi d'interroger des professionnels de l'établissement spécialisé et de l'école pour comprendre la façon dont sedéroule le travail en commun entre deux institutions historiquement séparées et aux objectifs différents.

Cela permettrait de réactualiser le contenu de mes cours sur la réalité de la scolarisation des élèves handicapés.

Problématique du projet


Dans les années 1960 et 1970, les établissements assimilables aux institutions totales telles quedécrites par Erving Goffman (1968), qu’ils soient, psychiatriques, judiciaires, sociaux ou médicoéducatifs,ont fait l’objet de nombreuses critiques et remises en question (Castel, 1981) mobilisantdes arguments d’ordres sociologico-éthiques, psychothérapeutiques et psychanalytiques ainsiqu’économiques et financiers. Les orientations dans ces « institutions ségrégatives » sont devenuesplus courtes, leurs capacités d’accueil ont diminué et les modes de prise en charge alternatives sesont multipliés (Fablet, 2003) pour permettre un accompagnement plus personnalisé.

La Loi du 2 janvier 2002 rénovant l’action sociale et médico-sociale a permis une alternative à ces établissements en favorisant la diversité des modalités d’'accompagnement et en reconnaissant l'’individu vulnérable comme singulier et acteur de la définition de son propre accompagnement.Nous assistons ainsi au développement d’un certain nombre de dispositifs intermédiaires qui ne relèvent pas de la forme de l’institution totale. Les types de troubles, de déficiences ou dedifficultés sociales communs à plusieurs personnes justifiant une prise en charge elle-mêmecommune, s’'estompent face à la mise en avant de ce qui distingue les individus entre eux(environnement social, projet de vie, etc.) et de ce qui en font des cas singuliers pour mieux lesaccompagner non plus par un établissement, mais par un ensemble coordonné de professionnels àl’intervention horizontale et adaptable.

L’enjeu pour les professionnels est alors de se donner les moyens d’adapter la prise en charge à chaque problématique individuelle sans pour autant perdre la maitrise complète de l’'accompagnement.

Ainsi, nous pouvons nous demander si la baisse du recours à un dispositif unique dont l’activité peut s'’apparenter à celle d'’une institution totale a réellement détotalisé les prises en charge. Ne sommes-nous pas passés d’'une logique d'’institution totale à une logique d'’accompagnement total composé de dispositifs complémentaires à l’action concertée et synchronisée.

Appliquer cette problématique à la question scolaire, et donc à ce qui peut intéresser l'Espe,consisterait en l’étude de la façon dont cette injonction à la détotalisation des établissementsspécialisés se traduit par davantage de coopération entre eux et l’institution scolaire ordinaire.Force est de constater que les jeunes orientés en établissements spécialisés sont de moins en moinsscolarisés uniquement au sein de ces établissements et reviennent peu à peu sur les bans de l'écoleordinaire.Ce qui m'intéresse c'est de déconstruire le processus de scolarisation de ces jeunes et dedévoiler les conditions de leur scolarisation.

Ce faisant, je pourrai mieux percevoir la façon dont se reconstruit un accompagnement globalisant voire totalisant en dehors du cadre de l'’établissement spécialisé assimilable à celui de l'’institution totale. C’est la dimension scolaire de cet accompagnement que que j'entends analyser ici,dimension qu’il faudra compléter par celles sociales et (para)médicales.

Mise en oeuvre du projet



Comme leur nom l’indique les ITEP fonctionnent autour de trois pôles : la thérapie, l’éducation et la pédagogie qui dessinent les contours d’une prise en charge globale des jeunes qui y sont orientés. Par ce type de fonctionnement et d’objectif, les ITEP ont été analysés et comparés à des institutions totales (Dupont, 2016), tout comme l’ont été les Instituts médico-éducatifs (IME) avant eux (Dargère, 2012).

Les ITEP n’échappent pas au processus de détotalisation, en tout cas dans les textes et les intentions. Un rapport de l’Association des ITEP et de leurs réseaux (AIRe) et de l’Union nationale interfédérale des oeuvres et organismes privés non lucratifs sanitaires et sociaux (UNIOPSS) datant de 2011 et intitulé « Le « dispositif ITEP » ; Pour un parcours de soins et d’accompagnement personnalisé » propose lui aussi un type d’accompagnement diversifié faisant appel à différents dispositifs dont l’ITEP coordonne les actions autour d’un enfant. Ce rapport a été suivi d’une phase expérimentale (CNSA, 2016) puis d’un décret autorisant la généralisaiton du « dispositif intégré » pour les ITEP (décret n° 2017-620 du 24 avril 2017).

A travers cette souplesse dans les modalités d’accompagnement intra-ITEP, un autre objectif est celui d’une meilleure coordination des acteurs et institutions accompagnant l’enfant : famille, école, éventuellement Aide sociale à l’enfance (ASE), Protection judiciaire de la jeunesse (PJJ), etc.

L’ITEP cherche à ouvrir ses murs, à assouplir et à coordonner les accompagnements variés qui s’ajoutent par conséquent au sien. C’est ce travail que je souhaite observer et déterminer ce qu’il change dans l’expérience social des jeunes ainsi accompagnés.

Il s'agira donc de mener des observations en équipe de suivi de scolarisation au sein des établissements scolaires ordinaires et en réunion de synthèse au sein des établissements spécialisés pour comprendre comment se définissent les projets personnalisés de scolarisation et d'accompagnement et selon quelles modalités. Il serait intéressant aussi d'interroger chacun des professionnels de l'établissement spécialisé et de l'école pour comprendre la façon dont se déroule le travail en commun entre deux institutions historiquement séparées et aux objectifs différents. Bien entendu, il serait aussi tout à fait pertinent de s'intéresser à l'expérience sociale et scolaire de ces jeunes.

Les attendus du projet pour l'ESPE


Une meilleure connaissance des modalités de scolarisation d’élèves handicapés autrefois invisibles parce que totalement mis à l’écart de l’institution scolaire ordinaire et qui désormais sont au coeurdes préoccupations des politiques soclaires inclusives serait une manière de montrer que l’Espe s’intéresse de près à cette problématique contemporaine de l’inclusion scolaire en développant une expertise en la matière.

D’autre part, nombreux sont les cours dans lesquels j’aborde cette question (diversité/hétérogénéitéen PLC, grandes problématiques éducatives en EE et bien sûr en IPHD). Cela me permettrait de réactualiser un savoir hérité de mes derniers travaux de recherche publiés en 2016 (sur les ITEPavant la naissance de la notion de dispotif-ITEP et sur le Géva-sco au moment de son apparition comme outil d’évaluation des besoins des élèves handicapés).

Equipe impliquée


Hugo Dupont
Maître de Conférences
Gresco/Espe
hugo.dupont@univ-poitiers.fr


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