Pratiques d’enseignement de l’écriture à l’université

LE PROJET



Les pratiques pédagogiques dans l’enseignement supérieur constituent un objet d’étude qui se développe au sein des sciences de l’éducation depuis plusieurs années. Cet intérêt répond en partie à une préoccupation sociétale qui est mise en exergue par des mesures gouvernementales visant la réussite étudiante (Plan Réussite en Licence, 2007 ; Plan Etudiants, 2017). C’est ainsi que l’activité des enseignants et enseignants-chercheurs en matière d’accompagnement, de tutorat, d’évaluation et de pratiques pédagogiques diverses (APP, etc.) devient un domaine interrogé dans le but de mieux comprendre les conditions qui facilitent la réussite des étudiants.

Depuis leur naissance, les ESPE étaient appelées à développer une partie de leurs missions dans le cadre de la formation des enseignants du supérieur. Certaines écoles se sont en effet impliquées dans la formation des nouveaux maîtres de conférence suite au décret de mai 2018, entrée en vigueur à la rentrée 2018-2019, qui impose le déploiement au sein des universités de dispositifs de formation pour ce public. L’ESPE de Poitiers a contribué, à travers le centre d’appui à la pédagogie qu’elle accueille – le CRIIP – à cette formation mise en place depuis la rentrée 2018. Dans la perspective de contribuer encore à l’intégration de l’ESPE de Poitiers comme un acteur incontournable en matière d’éducation et de formation à l’université de Poitiers, le présent projet de recherche-action propose d’étudier les pratiques d’enseignement des enseignants du supérieur, en particulier ce qui relève de l’accompagnement à la production des travaux écrits des étudiants et de l’évaluation de ces écrits.

PROBLEMATIQUE DU PROJET



Les pratiques pédagogiques des enseignants en contexte universitaire constituent un objet d’étude relativement récent dans le champ des sciences de l’éducation en France (Duguet & Morlaix, 2012), probablement parce que le métier d’enseignant à l’université a longtement été consideré comme une activité qui ne s’enseigne pas car il s’apprend sur le « tas » (Demougeot-Lebel & Perret, 2010). Depuis leur apparition, les recherches qui s’intéressent à cet objet d’étude font l’hypothèse que les pratiques enseignantes exercent un rôle fondamental sur la réussite étudiante (Frenay, 1998). L’analyse de la manière dont les enseignants exercent leur métier auprès des étudiants devient d’autant plus cruciale dès lors que sont prises en compte les exigences auxquelles ces derniers sont confrontés dans un contexte de massification de l’enseignement supérieur. La grande hétérogénéité des pratiques enseignantes et leur manque d’adaptation par rapport aux besoins des étudiants a été mise en évidence (Coulon, 2005 ; Felouzis, 2003), ce qui nous amène à vouloir interroger de plus près les conditions que les enseignants mettent en place lorsqu’il s’agit d’enseigner et d’évaluer l’écriture académique.
Le domaine de recherche s’intéressant à l’enseignement de l’écriture à l’université est, lui aussi, assez jeune et a vécu des évolutions qualitatives depuis une quinzaine d’années. Après s’être focalisé sur l’analyse des techniques d’écriture, il a pris ensuite une dimension prescriptive centrée sur l’enseignement des méthodes pour écrire avant de considérer plus précisément le rôle de l’écriture dans la construction des apprentissages (Delcambre & Jovenet, 2002 ; Laborde, Boch & Reuter, 2004). Interroger les pratiques d’enseignement de l’écriture à l’université revient à considérer les conditions cognitives (à quelles compétences les enseignants font-ils appel ? quelles normes implicites ou explicites mettent-ils en avant ? quelles stratégies enseignent ou conseillent-ils d’utiliser ? ), temporelles (avec quelle organisation temporelle mènent-ils leurs enseignements) ou matérielles (quels supports utilisent-ils pour enseigner à écrire ?). Il est cependant nécessaire de faire la distinction entre les pratiques déclarées, ce que les enseignants disent à propos ce qu’ils font, et les pratiques effectives, ce que les enseignants font réellement.
Dans cette lignée de travaux, une étude conduite par Escorcia (2012, 2015) et Escorcia, Moreno, Campo & Palacio (2014) s’est intéressée à décrire les pratiques déclarées des enseignants français et colombiens à propos de la manière dont ils enseignent et évaluent les écrits réalisés par des étudiants de psychologie. Il a été mis en évidence que les deux groupes d’enseignants privilégient une dimension discursive centrée sur l’enseignement de normes déterminées par le contexte disciplinaire, et qu’il existe un décalage entre les conseils qu’ils donnent pour écrire et les critères qu’ils prennent en compte pour évaluer les écrits des étudiants. Bien que les enseignants reconnaissent la dimension épistémique de l’écriture lorsqu’il s’agit de juger les productions écrites, cette dimension ne paraît pas vraiment être au coeur de leurs pratiques d’enseignement. Par ailleurs, certaines différences entre enseignants français et colombiens apparaissent relativement au poids de la norme linguistique et à la prise en compte des méthodes pour écrire.

Partant des résultats de cette étude qui a comparé deux contextes culturels, la présente recherche prétend répondre aux questions suivantes : quelles sont les pratiques d’enseignement et d’évaluation déclarées par des enseignants appartenant à des contextes culturels et disciplinaires différents ? Quelles sont les conceptions des enseignants à propos de l’écriture académique ?

MISE EN OEUVRE DU PROJET



Le présent projet s’appuie sur un cadre théorique à la fois cognitif et social. Il est cognitif en ce sens que les pratiques déclarées sont ici considérées comme étant des représentations des sujets (les enseignants). Les représentations sont des connaissances personnelles relatives à un objet déterminé qui sont stockées dans la mémoire à long terme (Florin & Bernoussi, 1995). Elles ne sont pas analogues à l’objet représenté et résultent des expériences particulières vécues par le sujet. Notre cadre de référence est également social car nous observons les représentations des enseignants au regard de leur nature socialement construite. En effet, les représentations des sujets obéissent à des normes sociales des groupes culturels (Moscovici, 1991) et ont pour but de faciliter l’interprétation des expériences et l’orientation des pratiques des individus (Jodelet, 1984). Suivant Barré-De Miniac (2002) les représentations des enseignants à propos de l’écriture constituent l’une des dimensions de leur rapport à l’écriture, lequel détermine non seulement leurs propres pratiques d’écriture mais aussi leur manière de guider les étudiants dans leur apprentissage des écrits universitaires.

Bien que les recherches portant sur l’enseignement-apprentissage de l’écriture à l’université reconnaissent l’influence des aspects contextuels, peu de recherches francophones ont jusqu’à présent interrogé les pratiques déclarées et effectives des enseignants à la lumière des variables culturelles et des spécificités disciplinaires (Delcambre & Lahanier-Reuter (2009). Afin d’approfondir cette question, Escorcia (2012, 2015) et Escorcia, Moreno, Campo & Palacio (2014) ont étudié les représentations des enseignants à propos de leurs pratiques d’enseignement et d’évaluation de l’écriture en tenant compte de deux contextes culturels et d’une discipline universitaire en particulier. A travers d’entretiens semi-directifs conduits auprès d’une dizaine d’enseignants, ces auteurs ont cherché à décrire a) les conseils que les enseignants apportent à leurs étudiants quand ces derniers sont amenés à produire des travaux écrits, b) les types d’écrits que les étudiants sont invités à réaliser, c) les critères que les enseignants déclarent prendre en compte pour juger les écrits des étudiants, d) leurs conceptions à propos de ce que veut dire écrire à l’université et e) leurs représentations sur ce qu’est un « bon » écrit d’étudiant.

A la suite de la recherche mentionnée ci-dessus, le présent projet s’intéresse à élargir le champ des disciplines prises en considération (psychologie, éducation et formation, administration économique et sociale, langues, filières scientifiques), ainsi que les contextes cultures (s’agissant ici d’enseignants français et colombiens). Il prétend également mettre en perspective les pratiques déclarées par rapport aux pratiques réellement mises en oeuvre par les enseignants. Nous tenterons alors de confirmer les hypothèses suivantes : 1) les modalités d’enseignement changent selon les contextes culturels et disciplinaires au regard des dimensions suivantes : la norme linguistique, les aspects procédurales et la structuration des discours écrits ; 2) les pratiques déclarées d’enseignement et d’évaluation ne s’accordent pas systématiquement en ce qui concerne la fonction épistémique de l’écriture ; 3) dans les différents contextes prévaut une conception de l’écriture en tant que produit écrit au détriment d’une représentation de l’écriture académique comme un processus.

La démarche méthodologique privilégiée sera une enquête par questionnaire auprès d’enseignants. Cette méthode nous permettra d’interroger un nombre important de sujets et d’effectuer un traitement des données contrôlé et systématique en employant des moyens statistiques. Des entretiens semi-directifs viendront compléter, dans une visée davantage qualitative, les données obtenues par questionnaire.

LES ATTENDUS DU PROJET



Effets sur la formation des enseignants. Proposition de formations pour les enseignants du supérieur à travers le CRIIP.
L’ESPE est associée à la valorisation des résultats de la recherche à travers les publications scientifiques et les communications envisagées.

EQUIPE IMPLIQUEE



Dyanne Escorcia, MCF, Université de Poitiers dyanne.escorcia@univ-poitiers.fr (Responsable du projet)
Mayilin Moreno, MCF, Universidad del Norte mamoreno@uninorte.edu.co
Monica Muñoz, enseignante, Universidad Metropolitana monica.munoz@unimetro.edu.co


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