Vers des évaluations fonctionnelles et situationnelles du handicap mental

Responsable du projet :
Jacques Bouchand, MCF Sciences de l'Education, ESPE Académie de Poitiers

Composition de l'équipe
:

Enseignants et enseignants-chercheurs :
Jacques Bouchand, MCF Sciences de l'Education, ESPE Académie de Poitiers
Jean-Michel Passerault, Professeur des Universités Psychologie, IRIAF, (CERCA)
Jérôme Penot, Professeur de Mathématiques, ESPE Académie de Poitiers
Eric Lambert, MCF Psychologie, ESPE Académie de Poitiers, (CERCA)
Marie-Hélène Jacques, MCF Sciences de l'Education, ESPE Académie de Poitiers, (GRESCO)
Denis Alamargot, Professeur des Universités Psychologie, ESPE de Créteil
Pascal Estraillier, Professeur des Universités, Université de la Rochelle, (l3i)
Christelle Maillart, Professeur en logopédie (orthophonie), à l'Université de Liège (Belgique)

Professionnels du monde du handicap :
Henri Bourgeois, ULIS Autisme, Niort
Nelly Carcy, Enseignante référente, Poitiers
Séverine Recordon-Gaboriaud, Directrice de la Maison pour l'Autisme, Melle
Michèle Cerisier, Ergothérapeute, IEM de Biard

Associations :
ADAPEI 79
ADAPEI 49
Autisme 79
Autisme 86

Organismes :
FIRAH (Fondation Internationale de Recherches Appliquées sur le Handicap), Paris

Sens du projet

Il existe de nombreux outils d'évaluation des différentes composantes du fonctionnement psychologique humain. Certains sont très généraux (tests d'intelligence, tests de personnalité), d'autres sont plus spécifiques et concernent des fonctions particulières (attention, mémoire, langage...).
Ces différentes épreuves sont le plus souvent de nature descriptive. Elles permettent de mesurer le niveau de performance d'un sujet dans le domaine considéré et donc de le situer par rapport à un fonctionnement normal.
Leur fonction est donc essentiellement diagnostique mais elles peuvent aussi permettre des prédictions sur le développement de la personne.
Ces épreuves sont particulièrement utiles pour le diagnostic de différentes formes de handicap mental :
  • utilisation des tests d'intelligence (WISC IV, K.ABC, ...) pour la déficience intellectuelle,
  • utilisation des épreuves variées (le CARS, le PEP-R, l'ADI, ...) pour les troubles autistiques.
Elles jouent un rôle important dans le repérage et l'évaluation de possibles dysfonctionnements, et donc dans la reconnaissance d'une éventuelle situation de handicap.
Pour autant, il apparaît de plus en plus qu'elles ne suffisent pas :
  • à rendre compte de la complexité des situations de handicap,
  • à identifier et à caractériser les potentialités des sujets,
  • à éclairer le travail de prise en charge et de rééducation.
Par exemple, Jacobson (1966) montre clairement que les performances aux tests d'intelligence rendent mal compte des capacités d'intégration à la fois scolaire et professionnelle des personnes déficientes intellectuelles car ne sont pas pris en compte d'autres facteurs essentiels tels que les compétences adaptatives.

Il est donc indispensable de compléter les informations fournies par les épreuves diagnostiques classiques par d'autres données, pour avoir une vision globale de l'individu. La loi de février 2005 a d'ailleurs traduit et institué une nouvelle approche des questions de handicap, en se plaçant très clairement dans une perspective "situationnelle". Le regard n'est plus porté sur la déficience, mais sur le "désavantage sociale". Le handicap est posé comme une notion relative, reconnue dans sa dimension sociale, c'est à dire dans la relation entre la personne et son environnement matériel, social et culturel. Ce n'est plus à la personne dite "handicapée" de s'adapter, c'est à la société dans son ensemble de prendre les mesures nécessaires pour dépasser les situations de handicap, et permettre aux personnes concernées une pleine "participation sociale".

Dans cette optique, il devient important de promouvoir de nouvelles formes d'évaluation, moins orientées sur la dimension diagnostique, et qualifiées selon les auteurs de "fonctionnelles" ou de "situationnelles" (O'Neill et al., 2008 ; Willaye et Magerotte, 2008). Il s'agit plus précisément d'identifier et de caractériser des domaines de compétences éventuellement préservés chez les sujets :
  • qui joueraient un rôle important dans tout ce qui concerne les questions d'adaptation scolaire, sociale et professionnelle,
  • et sur lesquels il serait possible de s'appuyer pour concevoir et construire des dispositifs d'aide et de remédiation.
Plusieurs domaines suscitent actuellement l'intérêt des recherches :
  • Le domaine des compétences ou habiletés adaptatives, qui concerne la façon dont la personne s'adapte aux exigences et aux contraintes de la vie courante, et qui s'appuie sur une ensemble très large de compétences (utiliser les moyens de transport, le téléphone ; gérer son budget ; s'occuper de son alimentation, de sa santé, de ses loisirs ; maîtriser les risques domestiques et professionnels; ...). Différentes échelles ont été conçues pour évaluer les comportements adaptatifs (Echelle de Vineland, EQCA) et cette dimension est de plus en plus intégrée à la définition de la déficience intellectuelle, dans la mesure où il apparaît que la seule évaluation des capacités cognitives (QI) donne une vision réductrice des compétences réelles du sujet, et tout particulièrement de ses capacités d'insertion sociale et professionnelle (Guerdan et al., 2009).
    Une approche liée aux déterminants issus de la socialisation familiale et des stimulations sociales rencontrées par le sujet, peut proposer une ouverture sociologique à ce programme : elle pourrait être explorée par des entretiens avec les familles et des observations critériées dans le milieu de vie du jeune handicapé, afin de recenser des facteurs socialement acquis, explicatifs du spectre adaptatif de l'individu.
  • Le domaine de la gestion des émotions et de l'auto-régulation du comportement. Cette question a été régulièrement abordée avec le public autiste, qui présentait selon certains auteurs un déficit spécifique sur la perception et la reconnaissance des émotions. Elle concerne également, et plus largement l'ensemble des publics présentant des troubles du comportement.
    Une des pistes à explorer est d'opérer un rapprochement entre des recherches portant sur l'identification des émotions (notamment chez les autistes, Baghdali et al, 2010) et des recherches portant sur les capacités d'auto-régulation (notamment chez les déficients intellectuels, Nader-Grosbois, 2007).
  • Le domaine de l'intelligence créative, c'est à dire la capacité à réaliser des productions à la fois originales et adaptées (Lubart et al, 2003). Une référence centrale ici est le modèle triarchique élaboré par Sternberg (1985, 2003) qui présente l'intérêt d'articuler différentes facettes de l'intelligence : l'intelligence analytique (telle qu'évaluée par les tests psychométriques classiques), l'intelligence pratique (faculté de mobiliser des connaissances et des savoir-faire dans un contexte donné), et l'intelligence créative (avec ses deux composantes que sont la pensée divergente et la flexibilité cognitive).
    Ce domaine a été pour l'instant surtout étudié chez les populations dites à "haut potentiel". Nous cherchons actuellement à préciser cette relation entre "intelligence analytique" et "intelligence créative" avec le public déficient intellectuel (2 mémoires master IPHD en cours). Nous envisageons également d'étendre cette étude au public autiste.
Programme de recherche
Il s'agit dans un premier temps de réunir et de structurer une équipe associant des enseignants-chercheurs, des professionnels de terrain et des représentants d'associations, dans le but de définir et d'organiser les axes de recherche retenus.
Les trois domaines évoqués ci-dessus peuvent être concernés, et d'autres peuvent être explorés en fonction des orientations de l'équipe.
Des mémoires de master IPHD sont déjà engagés dans ces différents domaines :
  • celui de la régulation des émotions, en particulier chez les adolescents présentant des troubles de la conduite et du comportement,
  • celui de la pensée créative, avec une adaptation du test Epoc (Lubart et al, 2011) au public déficient intellectuel,
  • celui, dans une approche sociologique, des ressources sociales mobilisées dans un but adaptatif, lors des phases transitoires de la scolarité.
Ces travaux devront bien évidemment être poursuivis et approfondis. Par ailleurs une étude est en cours sur la représentation des personnes déficients intellectuels légers par les étudiants d'université et par les enseignants spécialisés.
L'objectif à chaque fois, et c'est ce qui caractérise ce projet de recherche, est :
  • de travailler à la conception et à la réalisation d'outils d'observation et d'évaluation des domaines de compétences concernés,
  • de travailler à la conception et à la réalisation de dispositifs d'aide et de remédiation, visant un développement des capacités d'adaptation sociale, que ce soit en milieu scolaire ou dans l'accompagnement à la parentalité,
  • d'opérer des comparaisons entre différentes formes de handicap, et plus spécialement entre public déficient intellectuel et public autiste,
  • d'établir des profils différenciés de ces différents publics, faisant ressortir points forts et points faibles.
Enjeux de formation
Par une meilleure compréhension des situations de handicap relevant du handicap mental, il est indéniable que les enjeux pour la formation sont très importants.
Les travaux de recherche envisagés nourriront différentes formations au sein de l'IUFM Poitou-Charentes :
  • le master IPHD
  • la spécialisation A-SH du master EF 1er degré à Niort
  • le module Handicap du master CE
  • le projet A-SH du master EF 2nd degré
De plus, le fait d'identifier et de mieux comprendre les différentes facettes des compétences intellectuelles permettra sans aucun doute de donner des pistes pour l'intégration scolaire de tous les élèves.


 


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